Mémoire présenté à la commission Laurent

Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse

Il faut prendre en compte la notion de genre dans les services aux enfants et aux parents

 

Montréal, 8 janvier 2020 – Le Regroupement pour la Valorisation de la Paternité (RVP) plaide pour que le système public améliore sa compréhension des parcours différenciés des filles et des garçons ainsi que des mères et des pères afin de pouvoir en tenir davantage compte dans les politiques publiques et les actions visant la protection de la jeunesse.

Dans un mémoire présenté à la Commission spéciale sur les droits des enfants et de la protection de la jeunesse, les coauteurs Raymond Villeneuve, directeur général du RVP, et Carl Lacharité, professeur à l’UQTR et spécialiste de l’intervention auprès des enfants vulnérables et négligés, soulignent que l’approche actuelle de ces services, qui se veut inclusive, ne permet pas d’offrir une réponse adaptée aux réalités particulières vécues par les garçons et les pères.

Des écarts préoccupants

Selon les auteurs, des écarts importants selon le genre sont constatés dans différentes études et justifient que l’on s’interroge sur la nécessité d’en tenir compte dans les services et politiques publiques en protection de la jeunesse. Citant diverses statistiques, les auteurs soulignent notamment que :

  • La vulnérabilité à l’entrée à la maternelle touche les garçons dans une proportion 75% plus élevée que les filles (35% vs 20%) ;
  • La fréquence de TDAH chez les moins de 18 ans est près de deux fois plus élevée chez les garçons que chez les filles (7,5% vs 14,8%)
  • La proportion de garçons ayant un rendement élevé en lecture selon le PISA est 33% plus faible que celle des filles (12% vs 18%)
  • La proportion de garçons qui obtiennent leur diplôme d’études secondaires dans le délai prescrit est 20% plus faible que celle des filles (57% vs 71%)

Dans les cas de grande vulnérabilité, notamment lorsqu’il est question d’itinérance ou de la situation des jeunes contrevenants, les écarts sont encore plus marqués :

  • 80% des jeunes adultes en situation d’itinérance visible sont des hommes
  • 74% des adolescents contrevenants évalués et orientés par la DPJ sont des garçons
  • 80% des adolescents contrevenants qui ont reçu des services sont des garçons
  • 86% des peines purgées dans la collectivité (sans mise sous garde) par des adolescents contrevenants le sont par des garçons
  • 98% des peines comportant une mise sous garde chez les adolescents contrevenants sont purgées par des garçons

Les auteurs font aussi ressortir des différences dans la relation qu’entretiennent les hommes et les femmes avec les services de santé et de services sociaux :

  • Les hommes consultent moins que les femmes pour des raisons d’ordre médical (70% vs 85%) ou psychosocial (10% vs 15%)
  • 33% des pères ont l’impression qu’ils ne sont pas traités de la même manière que les mères par les services de santé et les services sociaux
  • 55% des pères considèrent que le traitement des pères n’est pas équivalent à celui des mères dans l’application des lois et des règlements

Améliorer la compréhension des parcours différenciés pour adapter les interventions

Malgré ces données, les auteurs constatent que, à part celles sur les jeunes contrevenants, le Bilan des Directions de la protection de la jeunesse 2018-2019 ne présente aucune donnée permettant de faire la distinction entre les genres. Ils n’ont pas été en mesure non plus d’identifier une stratégie d’ensemble qui tiendrait compte de ces différences. Aussi, ils recommandent que la DPJ produise systématiquement des données genrées, tant pour les jeunes que pour les parents, de manière à faire apparaitre distinctement les réalités féminines et masculines.

Cette recommandation figure au premier rang de neuf (9) mesures suggérées par les auteurs pour mieux soutenir les garçons et les pères. Celles-ci visent l’adaptation des services et des politiques publiques en protection de la jeunesse et en santé et services sociaux, un meilleur financement des organismes communautaires qui interviennent auprès des pères en difficulté et de leurs enfants, une meilleure formation des juges et intervenants judiciaires sur les réalités des pères et des garçons et la réalisation de travaux de recherche afin de mieux comprendre de quelle manière les réalités masculines influent sur la trajectoire des garçons et des pères qui sont soutenus par les services de protection de la jeunesse.

« Une approche différenciée en fonction du genre permet de tenir compte, bien sûr, des réalités masculines, mais elle permet aussi de lutter contre les inégalités de genre. […] Intégrer une approche tenant compte des différences de genre bénéficie donc tout autant à la population féminine que masculine », soulignent les auteurs dans leur mémoire.

 

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À propos des auteurs

Raymond Villeneuve est directeur général du Regroupement pour la Valorisation de la Paternité (RVP), un regroupement national du secteur famille reconnu et financé à la mission par le ministère de la Famille et Centraide du Grand Montréal. Sa mission est de promouvoir l’engagement paternel pour favoriser le bienêtre des enfants, dans une perspective familiale, positive et inclusive, afin de contribuer à une plus grande égalité entre les mères et les pères. Le RVP regroupe plus de 250 membres organismes et individus issus de toutes les régions du Québec.

Carl Lacharité est professeur à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Il est membre du Centre d’études interdisciplinaire sur le développement de l’enfant et de la famille (CEIDEF), une entité de l’UQTR ayant pour mission d’établir des liens étroits entre la théorie, la recherche et la pratique dans le domaine de la famille et du développement de l’enfant. Il est aussi membre du Groupe de recherche et d’intervention auprès des enfants vulnérable et négligés (GRIN). Cette équipe de recherche, partenaire des milieux de pratique, contribue à la transformation des pratiques et programmes qui visent à prévenir et à intervenir dans des situations de vulnérabilité dans la réponse aux besoins de l’enfant, dont notamment les situations de négligence ou de risque de négligence selon la Loi sur la protection de la jeunesse.

 

 

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Source : Regroupement pour la Valorisation de la Paternité

 

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Christian Bélanger
Agent de communication
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(438) 933-0545